Shakespeare: Son génie et ses oeuvres
Hippolyte Taine
Createspace Independent Publishing Platform
2018
nidottu
Washington Irving compare Shakespeare un saint d'Italie: les adorateurs, force d'apporter des cierges, l'ont si bien enfum et noirci, qu'on ne le reconna t plus. Les Anglais surtout, gens scrupuleux, ont fait sur lui des questions singuli res. - Sa maison tait-elle en bois ou en briques ? Combien y avait-il d'oreillers ce lit, le premier apr s le meilleur, qu'il laissa par testament sa femme ? Le pommier sous lequel il s'endormit, pr s de Bidford, pour cuver son vin, avait-il des pommes ? Quand il se logea pr s du jardin des ours, tait-ce pour mieux voir les combats d'ours ? - Ces points claircis, on admire l'homme, et les louanges pleuvent: le plus grand des po tes, le peintre incomparable du coeur humain, le premier des comiques, le premier des tragiques, etc. On pourrait faire les litanies de Shakespeare; il n'y a pas de saint qui e t une plus longue liste de beaux surnoms. Il est si populaire, qu'au lieu de le juger on l'admire; le dithyrambe sert de critique, et dans cet empressement pour lui donner tous les talents, on oublie de marquer les traits distinctifs de son talent...