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Kirjailija

Henry Greville

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335 kirjaa

Kirjojen julkaisuvuodet: 2007–2025.

Un crime

Un crime

Henry Greville

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2015
nidottu
I La place de Champcey dormait au soleil dans l'engourdissement de la grosse chaleur. Les maisons closes, les fen tres ferm es, que les rideaux blancs soigneusement crois s rendaient imp n trables au regard, les portes des granges ajust es et cadenass es, et m me les charrettes d tel es, dont les brancards se levaient au ciel comme les bras d'un dormeur mal veill qui s' tire longuement, - tout exhalait une impression de sieste et de b ate paresse. Champcey tait en tout temps un village paisible; aussi loin que remontaient les souvenirs des plus vieux habitants, rien d'extraordinaire n'y tait jamais arriv . La mer avait beau venir hurler au pied des roches curieusement d chiquet es, les Champ ois n'avaient point de barques, n'ayant point de port; en coupant au flanc de la falaise la haute foug re qui leur sert de combustible, ils se contentaient de hocher la t te au passage des voiles t m raires qui se hasardaient au large par le gros temps.
Un Violon Russe

Un Violon Russe

Henry Greville

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2015
nidottu
I Le P re Kouzma, assis devant son bureau de bois blanc, jauni par les ann es et orn d'innombrables taches d'encre de toute taille, pr parait laborieusement un sermon pour le premier dimanche de Car me. cette poque, comme aujourd'hui d'ailleurs, mais plus encore qu'aujourd'hui, les pr tres de paroisse en Russie n'abusaient gu re des sermons. Cinq ou six fois par an, tout au plus, ils s'adressaient leurs ouailles: celles-ci, debout, la t te basse, recevaient ce suppl ment d'office divin peu pr s avec la m me r signation qu'une ond e au sortir de l' glise; ce devoir accompli de part et d'autre, c'est avec un soulagement v ritable que le pasteur et les brebis se s paraient amicalement. Qu'importait le dogme ces mes simples, profond ment croyantes; et, d'un autre c t , quelle habilet ou quelle connaissance du coeur humain ne faut-il pas pour trouver ces paroles mues qui vont au coeur des plus humbles, des moins civilis s, et qui toucheraient des tres fatigu s par la vie, us s par le travail, indiff rents presque tout sous le joug du servage, et r sign s d'avance toutes les calamit s ?
Le passe

Le passe

Henry Greville

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2015
nidottu
I La main de Sylvain Marsac n' tait pas tout fait aussi assur e que de coutume, lorsqu'il poussa la porte vitr e du vestibule qui conduisait au grand escalier. Sous son tapis sombre, aux couleurs fondues, l'escalier lui-m me tait-il plus rude monter que les autres jours ? Le timbre de la porte aux vantaux sculpt s lui br lait-il les doigts, qu'il se reprit deux fois avant de le faire r sonner ? Une telle h sitation tait rare chez Sylvain, et lui-m me semblait s'en trouver d contenanc . Cet homme de quarante ans, - peut- tre un peu plus, - bronz par tous les soleils, aguerri toutes les difficult s d'une vie p rilleuse, n' tait pas familier avec le doute et la timidit ; ceux-ci taient des ennemis que le voyageur n'avait gu re rencontr s. Un instant, il fut pourtant sut le point de rebrousser chemin, mais il se raidit, et ses pais sourcils se fronc rent. - J'ai promis, dit-il presque tout haut. Il se d couvrit, passa la main sur la for t de cheveux drus et grisonnants qui couronnait son large front, remit son chapeau et sonna. Le valet qui ouvrit le salua respectueusement, avec la nuance de biens ante familiarit permise un vieux serviteur envers un h te qui vient tous les jours. Sylvain Marsac lui donna son pardessus et passa outre, en homme s r d' tre bien accueilli.
Perdue

Perdue

Henry Greville

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2015
nidottu
I - Tu tiens donc beaucoup me laisser partir seul ? demanda le p re en regardant sa femme d'un air m content. La petite fille qu'il tenait appuy e contre son genou leva les yeux vers lui et lui sourit avec confiance; il posa les mains sur les cheveux ch tains, frisottants et soyeux, et reporta son regard sur la jeune femme triste qui empilait ses effets dans une petite malle, avec des gestes lents et lass s. - Marie, r ponds donc, tu tiens absolument rester Paris et ne me rejoindre que demain ? Tu veux faire seule, avec la petite, le voyage du Havre ? La jeune femme se releva p niblement sur un genou et tourna vers son mari un regard terne et d courag . - Je n'en puis plus, Simon, dit-elle d'une voix oppress e. Depuis trente heures que nous avons quitt notre pauvre vieille maison, je n'ai pas eu le temps de m'asseoir; passer encore une nuit en chemin de fer m'effraie. Laisse-moi me reposer ici, nous partirons demain ensemble. - Est-ce que cela se peut ? s' cria l'homme en se levant et en parcourant grands pas l' troite chambre d'h tel garni o ils se trouvaient. On ne part pas comme cela pour l'Am rique sans avoir retenu sa place, sans avoir vu le bateau.
Lucie Rodey

Lucie Rodey

Henry Greville

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2015
nidottu
I - Es-tu bien s re de l'aimer, Lucie ? bien s re ? Prends garde de te tromper, ton erreur serait irr parable. La jeune fille sourit sans lever les yeux: l'orgueil na f de son sourire r pondit pour elle. - Tu l'aimes ? ne crains pas de me le dire; il faut savoir regarder bravement dans son coeur; il n'y pas de honte avouer que l'on aime l'homme qui veut vous pouser. Tu l'aimes ? Lucie leva sur sa m re son honn te regard, et le visage couvert de rougeur, mais sans h siter, elle r pondit: Je l'aime. - Assez pour supporter avec lui les chagrins de la vie ? pour tre heureuse de sa joie, triste de son chagrin, pour le consoler et le soutenir s'il se laisse abattre ? assez pour supporter sa mauvaise humeur, son injustice m me, sans cesser de l'estimer pour les d fauts qu'il pourrait avoir ? Lucie secoua doucement la t te; dix-huit ans, peut-on admettre que l'homme qui vous aime sera un jour injuste envers vous ? - L'aimeras-tu quand il sera malade, peut- tre infirme, peut- tre ruin ? S'il meurt avant toi, lui fermeras-tu les yeux avec courage, trouvant une am re douceur penser que tu as la plus rude part, celle de ceux qui restent, et que le chagrin de te perdre lui a t pargn ? Les yeux de la veuve d bord rent de larmes, sa voix se brisa; Lucie se jeta son cou en pleurant elle-m me.
Nikanor

Nikanor

Henry Greville

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2015
nidottu
I Vers le soir, la neige tomb e tout le jour en gros flocons paresseux se transforma en petites paillettes brillantes comme du mica. On les voyait scintiller en poudre chatoyante sur le bord des fen tres, dans l'entreb illement des portes, partout o elles pouvaient se glisser. Elles miroitaient comme de tr s petits diamants autour des lanternes d'un grand vozok emport par quatre chevaux rapides sur un chemin peine visible, au travers des champs nivel s sous l'impassible blancheur glac e; la neige s'entassait sur les harnais et sur les v tements du vieux cocher en petites plaques fines comme des lamelles de verre. L' quipage silencieux volait sur la route muette; pas de sonnettes l'attelage, mais deux lanternes brillantes. Le comte Batounine s'inqui tait peu d' tre vu... Et, grand Dieu qui donc e t-il rencontr par cette nuit ? Mais il ne se souciait point d' tre entendu. Une troisi me lanterne clairait l'int rieur du vozok: Batounine d testait l'obscurit en voiture, et, de plus, le vozok est un v hicule essentiellement m lancolique. Qu'on se figure une grande berline pos e, au lieu de roues, sur d' normes patins; la lourde machine est basse, car elle est souvent en danger de verser. Si riche qu'en soit le capitonnage, elle offre toujours l'apparence d'abandon des appartements bien meubl s que personne n'habite, car le vozok, indispensable dans toute famille ais e de province, ne sert pas dix fois par an; la jeunesse lui pr f re les courses en tra neau d couvert, dans l'air vivifiant et glac ; mais tout tre malade ou simplement d licat doit s'y enfermer lorsqu'il entreprend un voyage un peu long, pendant les rigueurs de l'hiver russe.
Dosia

Dosia

Henry Greville

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2015
nidottu
I C' tait au camp de Krasno -S lo, quelques kilom tres de P tersbourg. On finissait de d ner au mess des gardes cheval. Les jeunes officiers avaient c l br la f te de l'un d'entre eux, et la soci t tait mont e ce joyeux diapason qui suit les bons repas. Une derni re tourn e de vin de Champagne circulait autour de la table. La tente du mess, relev e d'un c t , laissait entrer les derniers rayons d'un beau soleil de juin: il pouvait tre neuf heures du soir, la poussi re, soulev e tout le jour par les pieds des chevaux et de l'infanterie, redescendait lentement sur la terre faisant un nimbe d'or au camp tout entier. Vers le petit th tre d' t , o la jeunesse se d sennuie de son exil militaire, roulaient de nombreuses cal ches, emportant les officiers mari s avec leurs femmes; les petits drochkis, go stes, troits comme un fourreau d' p e, sur lesquels perche un jeune officier, - voiturant le plus souvent un camarade sur ses genoux, faute de place pour l'asseoir son c t , - prenaient les devants et d posaient leur fardeau sur le perron de la salle de spectacle.
Les epreuves de Raissa

Les epreuves de Raissa

Henry Greville

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2015
nidottu
I Le jour baissait rapidement; d j les allumeurs de r verb res couraient de c t et d'autre, s'acquittant de leurs fonctions. Le ciel bleu p le semblait encore garder la lumi re du jour, pendant qu'une bu e l g re descendait sur le sol. Il faisait un froid splendide, - sec, clair, sonore: l'air apportait l' cho lointain des bruits vagues de l'hiver; la neige, fortement tass e, craquait sous le pas, et faisait crier au tournant des rues le fer des tra neaux; tout avait cette apparence propre, froide, serr e et joyeuse des jours de grande gel e. Une toile piqua soudain le ciel p le, et aussit t les constellations se dessin rent au-dessus des maisons, dans l' ther limpide et subtil. Le thermom tre marquait dix-huit degr s R aumur. - Quelle gel e que le diable l'emporte grommela un cocher pessimiste un camarade rencoign dans la porte d'un cabaret. - C'est bon signe, r pondit l'autre, les seigneurs aiment se promener quand il g le bien. C' tait un optimiste.
Angele

Angele

Henry Greville

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2015
nidottu
I La grande rue de Beaumont tait pleine de poussi re, de soleil et de silence. Personne sur le seuil des maisons de pierre grise, uniform ment construites sur le m me mod le, suivant une ligne tir e au cordeau. Au-dessus du rez-de-chauss e s' levait un premier tage aux fen tres garnies de petits carreaux verd tres, doubl s pour l'oeil du curieux de rideaux de mousseline blanche fleurs, plus imp n trables que les triples voiles d'Isis. Madame Lagarde tricotait paisiblement un bas qui n'en finissait plus, tant la jambe en tait longue; d rogeant aux usages des gens comme il faut du pays, elle avait gard sa maison l'ancienne porte coup e en deux dans le sens de la hauteur, dont la partie inf rieure, ferm e au loquet, prot geait la salle contre les invasions probables des chiens, des poules, des oies, voire m me des agneaux gar s. La partie sup rieure, formant volet, restait ouverte et suppl ait d'une mani re tr s efficace au jour insuffisant que donnait l'unique fen tre de la grande pi ce du rez-de-chauss e.
Louis Breuil

Louis Breuil

Henry Greville

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2015
nidottu
I Au moment o Louis Breuil mettait la main sur l'anneau du timbre, huit heures du soir sonnaient l'h tel de ville de Ch teaudun. Le jeune homme retira ses doigts avec pr cipitation, comme s'il e t t enchant de pouvoir se donner lui-m me un pr texte pour retarder son entr e, et faisant quelques pas, il se retourna vers la vall e du Loir, qui s' tendait ses pieds. Le soleil sur son d clin l'emplissait de sa splendeur; ce doux paysage fait pour reposer les yeux prenait cette heure un charme mu, intime et p n trant, qui disposait l' me cet ordre de pens es m lancoliques, particuli rement ch res aux esprits r veurs. Louis contempla la vall e pleine de feuillages, la rivi re argent e qui courait sinueuse entre deux rang es de saules t t s. La silhouette aux ar tes vives du ch teau superbe qui semble construit d'hier, tellement il est immuable dans sa perfection, se dessinait et bornait le regard peu de distance devant lui. Cette vue lui arracha un soupir. Breuil n'aimait point les lignes arr t es ni les bornes pr cises; ce qu'il fallait cette me flottante, c' tait le flou des horizons noy s dans la vapeur dor e du soir et l'ind cis des brouillards du matin... Aussi bien tait-ce cet amour du mal d fini qui lui avait fait quitter tout l'heure l'anneau qu'il tenait entre les doigts.
A travers champs

A travers champs

Henry Greville

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2015
nidottu
I C' tait l'heure o les troupeaux rentrent du p turage; les vaches paresseuses et les petits veaux inquiets s'en revenaient lentement la ville, au milieu d'un nuage de poussi re dor e. Tant qu'elle roula dans les rues de Kozlychkine, la petite cal che qui venait de quitter l'auberge principale n'eut pas de peine fendre le courant anim qui venait sa rencontre; mais, lorsque les maisons de la grande rue se firent plus rares, le cocher prouva quelque difficult guider ses trois chevaux indociles au milieu de ce flot de b tail lourd et patient. Les vaches s'arr taient devant la porte de leurs demeures, et, poussant des beuglements plaintifs, appelaient leurs compagnes retardataires avant de franchir le seuil de l' table; pour peu que deux ou trois de ces lentes cr atures se fussent r unies sur un point de la voie, le passage tait totalement obstru par le reste du troupeau que h taient les bouviers arm s de longs cornets au son strident, semblables ces trompettes du jugement dernier qu'on voit dans les anciens tableaux.
chenerol

chenerol

Henry Greville

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2015
nidottu
I La porti re se ferma sans bruit, et le coup roula vers Paris. Le ciel, bleu au z nith, s'adoucissait jusqu'aux teintes les plus effac es du gris mourant peine nuanc de rose, derri re le mont Val rien dont la silhouette ferme si bien le joli d cor du bois de Boulogne. Le lac glac , brillant comme un miroir, ray par les fers des patins, reposait entre les rives couvertes d'une neige paisse et velout e pareille une moelleuse fourrure. Aucune lumi re artificielle ne m lait encore de note discordante cette harmonie d licieuse de lignes et de couleurs. Sur les sentiers, dans les all es, patineuses et promeneurs formaient des groupes anim s autour du cordon d' quipages dont les chevaux, sous leurs couvertures chiffr es, faisaient sonner leurs gourmettes contre les cha nes de m tal.
La seconde Mere

La seconde Mere

Henry Greville

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2015
nidottu
I Pendant que Jaff se glissait derri re lui, Richard Brice rassembla les r nes de ses trotteurs. Le train qu'il venait de quitter s' branla et s'en alla toute vitesse en lan ant coups rapides de petites bouff es de vapeur, dans la direction oppos e celle que prenait le pha ton. Les volutes l gantes s'accrochaient aux basses branches des peupliers; on e t dit que, dans la ti de pesanteur de cette journ e, il leur tait impossible de s' lever plus haut; et elles y restaient longtemps, comme embarrass es de dispara tre sans attirer l'attention. Les trotteurs avaient pris une belle allure sur la route sinueuse, une vraie route de France, lastique et ferme, avec juste assez de pentes pour donner de la vari t au paysage; un paysage tout vert, extr mement vert, tel qu'on n'en peut voir qu'apr s de longues pluies d' t . Il se d roulait aimablement, tant t gauche, tant t droite, mais toujours born d'un c t par un pan de colline, o , pour ouvrir la route, la mine avait fait une blessure toute fra che dans le gr s couleur de rouille.
La Niania

La Niania

Henry Greville

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2015
nidottu
I Antonine Karzof venait d'avoir dix-neuf ans; les violons du bal donn l'occasion de cet anniversaire r sonnaient encore aux oreilles des parents et amis; la toilette blanche, orn e des traditionnels boutons de rose, n'avait pas eu le temps de se faner, et cependant mademoiselle Karzof tait en proie au plus cruel souci. Les rayons d'un p le soleil de printemps clairaient de leur mieux le salon vaste et un peu sombre o l'on avait tant dans huit jours auparavant; le piano ouvert portait une partition quatre mains qui t moignait d'une r cente visite, - mais Antonine ne pensait ni au soleil, ni la musique; elle attendait quelqu'un, et ce quelqu'un ne venait pas. Vingt fois elle alla de la fen tre la porte de l'antichambre, puis revint la fen tre, retourna de l dans sa jolie chambrette qui ouvrait dans le salon, redressa une branche de ses arbustes, refit un pli au rideau... Tout cela ne perdait pas cinq minutes, et le temps passait avec une lenteur impitoyable. - Ma m re est-elle rentr e ? dit Antonine une vieille servante qui apparut dans la porte de la salle manger contigu .
Le voeu de Nadia

Le voeu de Nadia

Henry Greville

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2015
nidottu
I Le prince Roubine fumait sur la terrasse son cigare d'apr s-d n e; tendu dans un rocking-chair de bambou, il se balan ait nonchalamment en regardant le paysage dor par les rayons du soir. Sous ses yeux s' tendait le golfe; la rive droite s'estompait dans une vapeur ros e, o se dessinaient peine en plus fonc les masses granitiques de la c te de Finlande; l'eau bleue venait clapoter doucement sur le rivage au bas de son jardin, dont les grandes avenues descendaient jusqu' la mer. droite, la ville de P terhof s' talait en amphith tre, d ployant l'animation factice des villes d'eaux, o l'on se h te de vivre pendant les trois mois de la belle saison; les bateaux vapeur qui font le service de P tersbourg fumaient et grondaient aupr s de la longue estacade, d posant de nombreux passagers, venus pour entendre jouer la musique dans les jardins imp riaux ou pour passer la soir e pr s de quelque ami: d' l gants uniformes d'officiers de toutes les armes parcouraient le quai; les robes claires des femmes semblaient autant de fleurs sur la sombre masse de verdure du parc, et toute l'exub rance de la vie mondaine russe semblait se r sumer dans ce coin de terre.
Trahison

Trahison

Henry Greville

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2015
nidottu
I La lune brillait sur les cimes neigeuses avec un incomparable clat; le mont Blanc, visible malgr la distance, reluisait comme une plaque de cristal, bris e en maint endroit. Plus pr s, les montagnes tag es ondulaient comme des vagues immenses, dont l'irritante immobilit donne de temps en temps le besoin maladif du mouvement. Au pied de la terrasse, les flots du L man mouraient avec un petit bruit irr gulier, modeste et triste comme la plainte d'un prisonnier qui n'a plus d'esp rance. - Quelle nuit dit tout bas Valentine. Ren la regarda avec des yeux o rayonnait tout ce que l' me humaine contient d'indicible f licit . Elle se blottit plus pr s de lui, il serra plus troitement la main qu'il tenait dans la sienne, et ils rest rent muets. Sur la route, derri re eux, les voitures revenant de Coppet roulaient de larges intervalles, ramenant Gen ve les couples heureux ou ennuy s, qui prom nent travers l'Europe mondaine le spectacle de leur passion ou de leur lassitude. Eux, plus sages ou plus prudents, enfermaient leur bonheur avec un soin jaloux; la petite villa qu'ils habitaient depuis trois mois, cach e sous les arbres, baign e par les eaux du lac, ne r v lait rien de leurs entretiens, ni m me de leur pr sence.
La princesse Ogherof

La princesse Ogherof

Henry Greville

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2015
nidottu
I Ce soir-l , - mardi de P ques 1860, - tout le quai de la Cour tait en rumeur: madame Av rief donnait un bal d'enfants. La maison de madame Av rief avait longtemps t une des plus remarqu es parmi celles qui ont, tous les ans, l'honneur de voir la famille imp riale para tre l'une au moins de leurs f tes, pompeuses et savamment ordonn es. Tout lui donnait droit ce privil ge: la haute naissance de l'h tesse, son deuil pr matur , - si noblement port en m moire de l' poux tu Varna, - son influence salutaire sur toute la g n ration qui avait cr sous ses yeux; sans parler de sa gr ce hospitali re et bien avis e, qui classait ses invitations parmi les plus rares et les plus recherch es. Aussi, lorsqu' la mort de son fils, le g n ral Av rief, enseveli dans un torrent du Caucase, elle avait clos sa demeure et cess de donner des f tes, on e t dit qu'il manquait quelque chose au soleil d'hiver de P tersbourg. Pendant cinq ou six ans, la maison Av rief resta morne et muette; la famille et quelques intimes en franchissaient seuls la porte, jadis ouverte deux battants; puis, un jour, la noblesse de la ville apprit, non sans tonnement, que Prascovia P trovna, en l'honneur du r tablissement inesp r de son unique petit-fils, rouvrait ses salons et donnait un bal d'enfants. Sa maison vit accourir la fleur, encore en bouton, de la jeunesse p tersbourgeoise. Les invitations taient aussi recherch es par les enfants qu'elles l'avaient t par les m res; c' tait la fine fleur du panier, - encore recouverte de son duvet.
L'amie

L'amie

Henry Greville

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nidottu
I Monsieur Paul Br cart a l'honneur de vous faire part de son mariage avec mademoiselle Claire Lang . Saint-Martin-les-Mines, 15 juillet 1872. Depuis un bon moment, la feuille de papier satin qui portait ces quatre lignes ne formait plus qu'une tache indistincte aux yeux de Camille; la jeune fille avait entrouvert les doigts, la lettre de faire part s' tait d rob e doucement en glissant sur la robe... Camille n'appartenait plus au monde pr sent: se reportant de plusieurs ann es en arri re, elle revivait les quelques semaines qui avaient suivi l'annonce de ce mariage. Larmes de toutes les nuits, d sespoir muet de toutes les heures, aisance affect e de tous les jours, apparences joyeuses cachant un coeur profond ment ulc r , voil ce que le carr de papier lithographi rappelait Camille. Elle m ditait ainsi, la t te baiss e, lorsque, la porte s'ouvrant, la lettre de faire part s'envola et glissa sur le parquet. La jeune fille la ramassa avec cet air placide et sup rieur aux choses de la vie qui ne la quittait gu re, et se mit en devoir de la plier avec d'autres papiers pars dans un tiroir devant elle.